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LE
CONCEPT D'ASSUÉTUDE
Nous entendons
régulièrement dans les médias que l'alcoolisme, la toxicomanie est une
maladie. "Je ne suis pas responsable d'une maladie", pense le
toxicomane... Sans vouloir nier la valeur thérapeutique de ce concept qui
est bien plus un facteur de déculpabilisation, qu'une certitude
scientifique, des recherches poussées tendent actuellement à considérer la
toxicomanie comme un problème de style de vie gravitant autour de la
surconsommation de produits psychotropes.
Cette habitude
apprise (et non innée) vise à pallier aux difficultés de la vie et à
l'absence de satisfaction chez l'individu, par le biais d'un amenuisement
des capacités de ce dernier à faire face aux événements de sa vie et à se
procurer, autrement que par le psychotrope, un plaisir réel.
L'utilisation de
psychotropes a pour effet, par un renforcement sélectif et simultané, de
supprimer certaines expériences désagréables (par exemple, la chicane de
ménage que je veux noyer dans l'alcool) et d'amplifier celles qui sont
agréables (le bien-être ressenti par l'alcool). C'est ainsi que l'individu
s'assujettit à l'expérience que lui fait vivre les psychotropes. C'est ça
le concept d'assuétude.
Cette théorie est
très importante en ce sens qu'elle montre que l'abus quant à la
consommation d'alcool ou de médicaments ne tombe pas du ciel comme
pourrait l'être une maladie, mais est plutôt la conséquence d'un
processus, l'aboutissement d'attitudes qui sont fonction de la
personnalité, des motivations, des expériences antérieures et de
l'environnement social et culturel du consommateur.
La théorie
psychosociale de l'assuétude attribue la source du problème de la
toxicomanie, non pas aux propriétés chimiques des psychotropes, mais à la
signification que leur attribuent l'individu et la société en général. Cet
aspect pourrait expliquer la différence ressentie par le
consommateur adulte qui fume, avec quelques amis, un joint de marijuana
dans la quiétude de son foyer, et l'effet ressenti par l'adolescent, qui
consomme, en cachette et avec ses amis, la même quantité de marijuana.
L'expérience vécue par cet adolescent sera très différente de celle vécue
par cet adulte.
L'utilisation
abusive de psychotropes est la conséquence d'un processus, l'aboutissement
d'attitudes qui sont fonction de la personnalité, des motivations, des
expériences antérieures et de l'environnement social et culturel du
consommateur. Nous l'avons défini comme étant le processus d'assuétude.
Mais quels pourraient être les facteurs qui prédisposent à l'assuétude?
Pour illustrer ce
concept, regardons le comportement d'un adolescent en santé psychologique
et un adolescent prédisposé à la consommation problématique. En terme de
caractéristiques personnelles, le premier a une relative confiance en soi,
c'est-à-dire qu'il a le sentiment d'être capable de faire face aux
difficultés. Il a aussi une relative estime de soi. Le second manque de
confiance en lui et il a une faible estime de soi ("Suis pas capable, suis
nul en classe", dit-il).
Quelles sont leurs
attitudes face à la vie ? Le premier se sent responsable de sa vie, il
recherche le changement ainsi que l'exercice de la liberté, voulant ainsi
être maître de ses décisions. Il est entreprenant. Le second est incapable
de tolérer l'angoisse existentielle. Il tend à abdiquer, à ne pas faire
face aux événements; il a peur du changement. Il éprouve certaines
craintes devant sa liberté. Il a une attitude passive face à la vie, ce
qui se traduit par un refus de l'effort et de l'investissement personnel,
le menant alors dans un cul-de-sac : une idéale image de soi impossible.
Face aux problèmes
inhérents à la vie, les deux groupes vont éprouver de l'angoisse et de la
douleur. Cependant, leurs solutions seront différentes en ce sens que
l'adolescent en santé psychologique va agir alors que l'adolescent
prédisposé à la consommation problématique va fuir, souvent dans l'alcool,
les psychotropes, etc...
Conséquemment, le
résultat obtenu par le premier en sera un de résolution du problème et
d'apprentissage, évitant d'adopter des exutoires, alors que le
second supprimera momentanément l'angoisse par l'usage du psychotrope et
accroîtra son sentiment d'échec face à sa capacité de résoudre ses
problèmes.
*Source
: Pierre Paquin, Recueil de textes, Intervention auprès des jeunes,
p.106.
Rédaction : Jean-Yves
Cloutier, intervenant en toxicomanie.
CENTRE L'ÉTAPE (2000) |