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SUR LE WEB DEPUIS 1997

 

LE  CONCEPT  D'ASSUÉTUDE

 

Nous entendons régulièrement dans les médias que l'alcoolisme, la toxicomanie est une maladie. "Je ne suis pas responsable d'une maladie", pense le toxicomane... Sans vouloir nier la valeur thérapeutique de ce concept qui est bien plus un facteur de déculpabilisation,  qu'une certitude scientifique, des recherches poussées tendent actuellement à considérer la toxicomanie comme un problème de style de vie gravitant autour de la surconsommation de produits psychotropes.

Cette habitude apprise (et non innée) vise à pallier aux difficultés de la vie et à l'absence de satisfaction chez l'individu, par le biais d'un amenuisement des capacités de ce dernier à faire face aux événements de sa vie et à se procurer, autrement que par le psychotrope, un plaisir réel.

L'utilisation de psychotropes a pour effet, par un renforcement sélectif et simultané, de supprimer certaines expériences désagréables (par exemple, la chicane de ménage que je veux noyer dans l'alcool) et d'amplifier celles qui sont agréables (le bien-être ressenti par l'alcool). C'est ainsi que l'individu s'assujettit à l'expérience que lui fait vivre les psychotropes. C'est ça le concept d'assuétude.

Cette théorie est très importante en ce sens qu'elle montre que l'abus quant à la consommation d'alcool ou de médicaments ne tombe pas du ciel comme pourrait l'être une maladie, mais est plutôt la conséquence d'un processus, l'aboutissement d'attitudes qui sont fonction de la personnalité, des motivations, des expériences antérieures et de l'environnement social et culturel du consommateur.

La théorie psychosociale de l'assuétude attribue la source du problème de la toxicomanie, non pas aux propriétés chimiques des psychotropes, mais à la signification que leur attribuent l'individu et la société en général. Cet aspect  pourrait expliquer la différence ressentie par le consommateur adulte qui fume, avec quelques amis, un joint de marijuana dans la quiétude de son foyer, et l'effet ressenti par l'adolescent, qui consomme, en cachette et avec ses amis, la même quantité de marijuana. L'expérience vécue par cet adolescent sera très différente de celle vécue par cet adulte.

L'utilisation abusive de psychotropes est la conséquence d'un processus, l'aboutissement d'attitudes qui sont fonction de la personnalité, des motivations, des expériences antérieures et de l'environnement social et culturel du consommateur. Nous l'avons défini comme étant le processus d'assuétude. Mais quels pourraient être les facteurs qui prédisposent à l'assuétude?

Pour illustrer ce concept, regardons le comportement d'un adolescent en santé psychologique et un adolescent prédisposé à la consommation problématique. En terme de caractéristiques personnelles, le premier a une relative confiance en soi, c'est-à-dire qu'il a le sentiment d'être capable de faire face aux difficultés. Il a aussi une relative estime de soi. Le second manque de confiance en lui et il a une faible estime de soi ("Suis pas capable, suis nul en classe", dit-il).

Quelles sont leurs attitudes face à la vie ? Le premier se sent responsable de sa vie, il recherche le changement ainsi que l'exercice de la liberté, voulant ainsi être maître de ses décisions. Il est entreprenant. Le second est incapable de tolérer l'angoisse existentielle. Il tend à abdiquer, à ne pas faire face aux événements; il a peur du changement. Il éprouve certaines craintes devant sa liberté. Il a une attitude passive face à la vie, ce qui se traduit par un refus de l'effort et de l'investissement personnel, le menant alors dans un cul-de-sac : une idéale image de soi impossible.

Face aux problèmes inhérents à la vie, les deux groupes vont éprouver de l'angoisse et de la douleur. Cependant, leurs solutions seront différentes en ce sens que l'adolescent en santé psychologique va agir alors que l'adolescent prédisposé à la consommation problématique va fuir, souvent dans l'alcool, les psychotropes, etc...

Conséquemment, le résultat obtenu par le premier en sera un de résolution du problème et d'apprentissage, évitant d'adopter des exutoires,  alors que le second supprimera momentanément l'angoisse par l'usage du psychotrope et accroîtra son sentiment d'échec face à sa capacité de résoudre ses problèmes.

*Source : Pierre Paquin,  Recueil de textes, Intervention auprès des jeunes, p.106.

Rédaction : Jean-Yves Cloutier, intervenant en toxicomanie.  CENTRE L'ÉTAPE (2000)

   Mise à jour : 12 février, 2010