CENTRE COMMUNAUTAIRE D'INTERVENTION EN DÉPENDANCE
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SUR LE WEB DEPUIS 1997

 

ADOLESCENCE, VIEILLESSE ET TOXICOMANIE

L'adolescent vit intensément ses émotions. Il est confus face à son rôle et recherche les moyens pour trouver réponse aux questions qu'il se pose. Les psychotropes (drogue, alcool, médicaments et tabac) font partie de ces moyens. Ces substances sont souvent associées à un état de pessimisme, d'ennui, d'agressivité, de frustration, de manque de confiance, de cynisme, d'irresponsabilité et de non-satisfaction. De nombreuses études ont établi le lien entre l'usage des psychotropes et le comportement délinquant ou antisocial. Celui-ci a pris la forme de faibles résultats scolaires, d'indiscipline en classe, de comportement sexuel précoce, de problèmes familiaux et de décrochage scolaire. En prenant des psychotropes, l'adolescent atteint une humeur inhabituelle et oublie ses sentiments inconfortables. Ces substances stimulent et affectent sa capacité à sentir une forme d'excitation. Fondamentalement, cette excitation est le fondement de l'angoisse et de la joie chez l'individu. Voilà pourquoi l'usage de psychotropes peut avoir un effet positif ou négatif.

Tout être humain est susceptible d'utiliser des psychotropes. Parmi les facteurs conduisant à la prise et à l'abus de ces substances, mentionnons l'influence parentale, particulièrement les parents autoritaires, les gros consommateurs et ceux pour qui l'abstinence est très importante. Il y a aussi l'acceptation par les pairs, l'idée de rébellion contre les parents ou la société et finalement, pour vaincre des problèmes de personnalité.

Vivant dans une société axée sur la jeunesse, la productivité et la consommation, la personne âgée subit de nombreux stress : augmentation du coût de la vie, relâchement des liens familiaux, attitude de non compréhension à son égard, vivant souvent au niveau du seuil de la pauvreté, logement souvent inadéquat, etc. Ces problèmes la rendant plus vulnérable à divers troubles physiques, émotifs ou mentaux. La perte d'appétit, le manque d'énergie et l'insomnie qui s'ensuivent sont souvent perçus comme "normal" en cette période de vieillissement, mais ce sont plutôt une manifestation dépressive qui résulte des difficultés d'adaptation à la réalité. Ne pouvant espérer de changements, le sentiment d'impuissance s'accroît. L'alcool jouerait alors un rôle d'anesthésique, lui faisant fuir cette réalité, lui donnant un certain réconfort.

Comme nous l'avons antérieurement souligné, la mort du conjoint est le principal facteur qui peut provoquer l'alcoolisme chez la personne âgée. La maladie, la retraite, les problèmes sexuels, le sentiment d'inutilité en sont d'autres.  Il faut aussi ajouter une diminution progressive des énergies vitales, un manque de connaissances flagrant sur les psychotropes et leurs effets, une connaissance souvent intuitive et folklorique du fonctionnement de leur organisme, une identité construite à partir d'une polarisation des rôles sociaux (souvent la personne âgée s'identifie trop à son rôle social, à son métier, à sa profession et lorsque ce rôle s'amoindrit, elle ne se reconnaît pas comme ayant une valeur, un rôle à jouer dans cette société) et enfin, une médicalisation importante de la santé . Une grande majorité des personnes âgées sont capables de faire face à ces facteurs de vulnérabilité de par leurs acquis personnels, mais plusieurs développent ou accentuent leurs habitudes de consommation d'alcool.

Cette hausse de consommation lui cause non seulement des problèmes financiers, relationnels ou physiques mais les malaises pour lesquels elle se fait soigner cachent son problème d'intoxication. Niant son problème, étant souvent en situation d'isolement et devant des mesures de dépistage inadéquat, il est aisé de comprendre que si son alcoolisme n'a pas été diagnostiqué avant 60 ans, il risque de ne jamais l'être.

La vieillesse, comme l'adolescence, est caractérisée par une recherche de son propre statut dans la société. Chacun essaie alors de définir sa place. "Que ferais-je de ma vie ?", dit l'adolescent.

Selon Pelletier (1982) la complicité naturelle entre l'adolescent et la personne âgée pourrait provenir d'une recherche d'identité de l'un et de l'autre qui a besoin de faire sa place dans la famille et la société. DeBeauvoir (1970) explique ce rapprochement par la "réanimation chez l'être âgé de conflits non résolus durant l'enfance". Les barrages établis par le travail et les préoccupations sociales à l'âge adulte se rompent au moment de la retraite. La personne âgée retourne alors vers son enfance et vers les enfants qui vivent des conflits semblables.

Il est intéressant d'étudier ce parallèle par le biais de la "perspective future". Celle-ci est la "capacité générale d'anticiper, d'éclairer et de structurer le futur. Cette capacité implique le degré de préoccupation et d'implication à l'endroit du futur. Ainsi, le futur anticipé, les projets élaborés, et les buts poursuivis sont présents dans ma vie, ma pensée et c'est cela qui crée la perspective future. L'action qui s'ensuit, les émotions qu'elle véhicule, sont fortement liées à la perspective future (P.F.). Plus la P.F. est à long terme, plus grande est ma croyance que l'action à réaliser va se concrétiser. Ce qui augmente alors ma tendance à l'action. Une bonne perspective future opère une ouverture sur l'avenir, alors qu'une absence de P.F. enferme l'individu dans le présent".

Même si la P.F. des personnes âgées est moins étendue dans le temps que celle de groupes plus jeunes, plusieurs études ont démontré qu'elle est présente chez tous les groupes d'âge. Ainsi, dans l'une d'elle, 50% des 276 centenaires étudiés ont des objectifs multiples. Par ailleurs, Israeli (1935-36) a démontré que les projections limitées et stériles sont le fait de tous les groupes d'âge lorsque arrivent des moments difficiles. En fait, une P.F. restreinte est associée à un affaiblissement de la santé, à un plus grand besoin d'aide et à un plus grand stress. Plusieurs facteurs amènent une P.F. restreinte : la qualité du temps perçu, la prise en charge par un établissement d'hébergement, le désir de changement, l'impulsivité, l'appréhension d'événements déplaisants, la mauvaise santé et même les habitudes alimentaires. Vous remarquerez que ces facteurs s'adressent, la plupart du temps, autant à la personne âgée qu'à l'adolescent.

Les personnes qui ont des problèmes de toxicomanie ont des préoccupations qui sont majoritairement dans le présent ou l'avenir proche. Ils ont donc une P.F. limitée. Souvent centrée sur la difficulté vécue, ou à la recherche de leur psychotrope, ces personnes sont trop préoccupées à satisfaire leurs besoins fondamentaux pour être en mesure d'élaborer sur un futur qu'il juge incertain et non accueillant.

Attribuer ses difficultés à des circonstances sur lesquelles il n'a pas le pouvoir d'agir est le propre de l'alcoolique ou du toxicomane. Néanmoins, il serait important que les aidants naturels et professionnels aient une attitude positive quant au support à apporter car non seulement l'aidé en vient à se comporter conformément aux perceptions que l'aidant a d'elle mais aussi des attentes dirigées à son endroit. Lui redonner accès au pouvoir d'agir qui pourrait l'habiter, voilà le défi à assumer.

Rédaction : Jean-Yves Cloutier, intervenant en toxicomanie.  CENTRE L'ÉTAPE  (1998)

 
 
 
 
   Mise à jour : 07 juillet, 2010