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ADOLESCENCE,
VIEILLESSE ET TOXICOMANIE
L'adolescent vit intensément ses
émotions. Il est confus face à son rôle et recherche les moyens pour
trouver réponse aux questions qu'il se pose. Les psychotropes (drogue,
alcool, médicaments et tabac) font partie de ces moyens. Ces substances
sont souvent associées à un état de pessimisme, d'ennui, d'agressivité, de
frustration, de manque de confiance, de cynisme, d'irresponsabilité et de
non-satisfaction. De nombreuses études ont établi le lien entre l'usage
des psychotropes et le comportement délinquant ou antisocial. Celui-ci a
pris la forme de faibles résultats scolaires, d'indiscipline en classe, de
comportement sexuel précoce, de problèmes familiaux et de décrochage
scolaire. En prenant des psychotropes, l'adolescent atteint une humeur
inhabituelle et oublie ses sentiments inconfortables. Ces substances
stimulent et affectent sa capacité à sentir une forme d'excitation.
Fondamentalement, cette excitation est le fondement de l'angoisse et de la
joie chez l'individu. Voilà pourquoi l'usage de psychotropes peut avoir un
effet positif ou négatif.
Tout être humain est susceptible
d'utiliser des psychotropes. Parmi les facteurs conduisant à la prise et à
l'abus de ces substances, mentionnons l'influence parentale,
particulièrement les parents autoritaires, les gros consommateurs et ceux
pour qui l'abstinence est très importante. Il y a aussi l'acceptation par
les pairs, l'idée de rébellion contre les parents ou la société et
finalement, pour vaincre des problèmes de personnalité.
Vivant dans une société axée sur la
jeunesse, la productivité et la consommation, la personne âgée subit de
nombreux stress : augmentation du coût de la vie, relâchement des liens
familiaux, attitude de non compréhension à son égard, vivant souvent au
niveau du seuil de la pauvreté, logement souvent inadéquat, etc. Ces
problèmes la rendant plus vulnérable à divers troubles physiques, émotifs
ou mentaux. La perte d'appétit, le manque d'énergie et l'insomnie qui
s'ensuivent sont souvent perçus comme "normal" en cette période de
vieillissement, mais ce sont plutôt une manifestation dépressive qui
résulte des difficultés d'adaptation à la réalité. Ne pouvant espérer de
changements, le sentiment d'impuissance s'accroît. L'alcool jouerait alors
un rôle d'anesthésique, lui faisant fuir cette réalité, lui donnant un
certain réconfort.
Comme nous l'avons antérieurement
souligné, la mort du conjoint est le principal facteur qui peut provoquer
l'alcoolisme chez la personne âgée. La maladie, la retraite, les problèmes
sexuels, le sentiment d'inutilité en sont d'autres. Il faut aussi
ajouter une diminution progressive des énergies vitales, un manque de
connaissances flagrant sur les psychotropes et leurs effets, une
connaissance souvent intuitive et folklorique du fonctionnement de leur
organisme, une identité construite à partir d'une polarisation des rôles
sociaux (souvent la personne âgée s'identifie trop à son rôle social, à
son métier, à sa profession et lorsque ce rôle s'amoindrit, elle ne se
reconnaît pas comme ayant une valeur, un rôle à jouer dans cette société)
et enfin, une médicalisation importante de la santé . Une grande majorité
des personnes âgées sont capables de faire face à ces facteurs de
vulnérabilité de par leurs acquis personnels, mais plusieurs développent
ou accentuent leurs habitudes de consommation d'alcool.
Cette hausse de consommation lui
cause non seulement des problèmes financiers, relationnels ou physiques
mais les malaises pour lesquels elle se fait soigner cachent son problème
d'intoxication. Niant son problème, étant souvent en situation d'isolement
et devant des mesures de dépistage inadéquat, il est aisé de comprendre
que si son alcoolisme n'a pas été diagnostiqué avant 60 ans, il risque de
ne jamais l'être.
La vieillesse, comme l'adolescence,
est caractérisée par une recherche de son propre statut dans la société.
Chacun essaie alors de définir sa place. "Que ferais-je de ma vie ?", dit
l'adolescent.
Selon Pelletier (1982)
la complicité naturelle entre l'adolescent et la personne âgée pourrait
provenir d'une recherche d'identité de l'un et de l'autre qui a besoin de
faire sa place dans la famille et la société. DeBeauvoir (1970)
explique ce rapprochement par la "réanimation chez l'être âgé de conflits
non résolus durant l'enfance". Les barrages établis par le travail et les
préoccupations sociales à l'âge adulte se rompent au moment de la
retraite. La personne âgée retourne alors vers son enfance et vers les
enfants qui vivent des conflits semblables.
Il est intéressant d'étudier ce
parallèle par le biais de la "perspective future". Celle-ci est la
"capacité générale d'anticiper, d'éclairer et de structurer le futur.
Cette capacité implique le degré de préoccupation et d'implication à
l'endroit du futur. Ainsi, le futur anticipé, les projets élaborés, et les
buts poursuivis sont présents dans ma vie, ma pensée et c'est cela qui
crée la perspective future. L'action qui s'ensuit, les émotions qu'elle
véhicule, sont fortement liées à la perspective
future (P.F.). Plus la P.F. est à long terme, plus grande est ma
croyance que l'action à réaliser va se concrétiser. Ce qui augmente alors
ma tendance à l'action. Une bonne perspective future opère une ouverture
sur l'avenir, alors qu'une absence de P.F. enferme l'individu dans le
présent".
Même si la P.F. des personnes âgées
est moins étendue dans le temps que celle de groupes plus jeunes,
plusieurs études ont démontré qu'elle est présente chez tous les groupes
d'âge. Ainsi, dans l'une d'elle, 50% des 276 centenaires étudiés ont des
objectifs multiples. Par ailleurs, Israeli (1935-36) a
démontré que les projections limitées et stériles sont le fait de tous les
groupes d'âge lorsque arrivent des moments difficiles. En fait, une P.F.
restreinte est associée à un affaiblissement de la santé, à un plus grand
besoin d'aide et à un plus grand stress. Plusieurs facteurs amènent une
P.F. restreinte : la qualité du temps perçu, la prise en charge par un
établissement d'hébergement, le désir de changement, l'impulsivité,
l'appréhension d'événements déplaisants, la mauvaise santé et même les
habitudes alimentaires. Vous remarquerez que ces facteurs s'adressent, la
plupart du temps, autant à la personne âgée qu'à l'adolescent.
Les personnes qui ont des problèmes
de toxicomanie ont des préoccupations qui sont majoritairement dans le
présent ou l'avenir proche. Ils ont donc une P.F. limitée. Souvent centrée
sur la difficulté vécue, ou à la recherche de leur psychotrope, ces
personnes sont trop préoccupées à satisfaire leurs besoins fondamentaux
pour être en mesure d'élaborer sur un futur qu'il juge incertain et non
accueillant.
Attribuer ses difficultés à des
circonstances sur lesquelles il n'a pas le pouvoir d'agir est le propre de
l'alcoolique ou du toxicomane. Néanmoins, il serait important que les
aidants naturels et professionnels aient une attitude positive quant au
support à apporter car non seulement l'aidé en vient à se comporter
conformément aux perceptions que l'aidant a d'elle mais aussi des attentes
dirigées à son endroit. Lui redonner accès au pouvoir d'agir qui pourrait
l'habiter, voilà le défi à assumer.
Rédaction : Jean-Yves
Cloutier, intervenant en toxicomanie. CENTRE L'ÉTAPE
(1998)
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