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LES MÉCANISMES DE DÉFENSE
RATIONALISATION -
PROJECTION -
REFOULEMENT
SYSTÈME D'ILLUSION (TROU DE MÉMOIRE)

Tout être humain recourt
inconsciemment à certains mécanismes de défense pour solutionner les
problèmes. Afin de justifier la décision de boire ou de consommer
des drogues, le toxicomane développe une tournure d'esprit qui lui permet,
par la rationalisation, la projection, le refoulement ou même le
trou de mémoire, d'entretenir son système d'illusion afin de contourner
son problème d'inadaptation. Il parvient ainsi à justifier
pleinement son système de valeurs, et à diminuer la culpabilité reliée à
l'échec de son comportement destructeur.
Dès lors qu'il boit, l'alcoolique
commence à se sentir normal. Éventuellement, il doit boire car il ne peut
simplement pas vivre sobre. La douleur résultante est brûlante, mais
l'espoir de se sentir normal, ne serait-ce que brièvement, en vaut la
peine, selon lui.
Le toxicomane se réjouit de la
possibilité de pouvoir dissiper son doute et son malaise en s'en remettant
à une force, à un pouvoir qui le dépasse. Un psychotrope répond à cette
attente, sacrifiant le contrôle de sa propre vie à un élément extérieur à
lui-même.
La toxicomanie prend sa source dans
la peur qu'éprouve l'individu devant le monde, jointe au sentiment de son
incapacité d'y faire face. Quelle que soit sa capacité réelle, le
toxicomane pense qu'il est incompétent dans un domaine important de la
vie.

Toute personne rationalise quand son
comportement la rend mal à l'aise. C'est le rôle de la rationalisation de
nous aider à nous sentir mieux face à nous-mêmes, après qu'on ait posé un
geste qui nous humilie (se déculpabiliser).
On ne sait pas pourquoi une personne
avec une apparence de buveur social "normal" se glisse dans une dépendance
nuisible. Il est essentiel de préciser qu'une personne dépendante à une
drogue est inconsciente de la présence et de la progression de sa maladie.
Au fur et à mesure que le comportement devient bizarre, la rationalisation
augmente afin de compenser l'instant d'horreur du coût émotionnel. Les
rationalisations ne sont plus axées sur les situations, elles répondent à
un sentiment de douleur. Elles sont invisibles, insidieuses et
nécessaires, quoique potentiellement dangereuses.
Plus l'individu croit en ses
rationalisations, plus il s'enlise dans l'illusion.
Il s'embarque dans une spirale descendante. Il en résulte une faible
estime de soi, faussant son ego. Éventuellement, la détresse émotionnelle
devient, une condition chronique. Son comportement devient plus bizarre et
la maladie progresse en une haine de soi.
Les changements de la personnalité
et de l'humeur, jusque là invisibles, deviennent évidents : sautes
d'humeur, violence, hostilité et morosité. Il cherchera des cures
géographiques pour ensuite, développer une attitude auto-destructrice.
Il ne reconnaît pas que sa vie est
un désastre à cause de ses consommations. Il ne l'admet pas car, il ne le
sait pas. Il ne voit plus la réalité, il est aveugle. Sa rationalisation
est devenue une mauvaise administration mentale. Ses mauvais sentiments de
lui-même sont enfermés dans l'inconscient par un mur sécuritaire, haut et
sans ouverture possible de la défense rationnelle.
À cause du mur dans lequel il est
enfermé, le toxicomane ne peut sortir de lui-même les mauvais sentiments
qui l'animent. Il n'est pas conscient que ceux-ci existent. Néanmoins, ils
sont chroniquement présents sous une forme de masse incontrôlée d'anxiété,
de culpabilité, de honte et de remords.
Jamais il ne se sentira bien s'il ne boit pas, jamais il ne se sentira
bien s'il boit.

La rationalisation ne suffisant
plus, l'individu développe un système qui est tout aussi inconscient : la
projection. C'est-à-dire que les sentiments négatifs qui animent
l'individu, il les prête à son entourage soit : au conjoint, aux membres
de la famille, à son employeur, à ses collègues de travail.
Ainsi l'entourage développe à son
tour des sentiments négatifs face à la situation créée par l'individu.
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Colère :
L'entourage vit une relation conflictuelle soit de HAINE / AMOUR.
Vous aimez l'individu, mais vous haïssez les gestes qu'il pose. |
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Honte : Honte face
à l'individu, mais aussi honte face à vous-même qui l'aimez et
pourtant, cela ne suffit pas pour l'arrêter. |
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Douleur : Ça fait
mal de voir une personne qu'on aime et qu'on estime, changer pour le
pire au fur et à mesure que la maladie progresse. |
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Peur et incertitude
: On ne peut compter sur lui. On ne sait jamais quand la violence
surgira. Insécurité également si l'individu est responsable des
finances de la maison. |

SYSTÈME D'ILLUSION DU DÉPENDANT
Nous avons vu comment la
rationalisation et la projection fonctionnent ensemble afin d'empêcher
l'individu de prendre conscience de sa maladie, en le tenant aussi loin
que possible de la réalité. Ainsi, il est incapable de comprendre qu'un
problème existe.
Le système d'illusion est typique à
la dépendance toxicomaniaque et est presque universellement présent chez
ceux qui en souffrent.
TROUS DE
MÉMOIRE (blackout)
Le trou de mémoire est une période
d'amnésie provoquée par un produit toxique qui agit sur le système nerveux
central . La fréquence et la durée du trou de mémoire ne semble pas être
reliée à la quantité d'alcool et/ou de drogue. Une petite quantité peut
causer un trou de mémoire, tandis qu'à une autre occasion, une plus grande
quantité n'en causera pas.
Puisque l'anxiété liée à ses trous
de mémoire est grande, le dépendant d'une drogue en viendra à
minimiser, à discriminer et ne plus croire ce qu'on lui dira concernant
ses agir et attitudes pendant cette période d'amnésie forcée.
Le dépendant verra ces gens comme
des personnes "injustes" qui lui en veulent parce qu'il a du plaisir. Le
système d'illusion collabore à bloquer le sens de la vérité et contribue à
nier sa maladie.

REFOULEMENT
Avec le temps, les personnes
dépendantes développent la capacité de refouler les souvenirs
gênants et indésirables. Ils continuent à rationaliser certains de leurs
comportements et à refouler ceux qu'ils ne peuvent rationaliser.
Tout comme la rationalisation, le
refoulement est un mécanisme de survie. Aucune personne ne peut endurer le
souvenir de tous les moments gênants et embarrassants qui ont pu survenir
dans une vie.
Quand une personne "normale" refoule
certains souvenirs, cela n'a ordinairement aucune conséquence grave, car
le comportement qui a créé ce souvenir ne s'est pas répété et peut-être,
ne se répétera-t-il jamais plus. Ce n'est pas le cas chez le toxicomane
qui répétera à l'infini le comportement négatif.
Une personne dépendante d'une
drogue, et victime de la nostalgie du plaisir se souvient comment il se
sentait et non comment il se comportait.
Il ne se souvient pas de sa
difficulté d'articuler, des gestes exagérés ou du fait qu'il a mis le
logement sans dessus-dessous. Il pense qu'il s'est exprimé avec
intelligence, qu'il a amusé ses amis avec des blagues et d'autres scènes
comiques.
Rédaction: Raymond Cardin,
conseiller en alcoolisme et autres toxicomanies.
CENTRE L'ÉTAPE (1998)

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