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CONTRÔLE INTERNATIONAL DES DROGUES
Au début du 20e
siècle, existe aux États-Unis un courant social moraliste réformiste : une
vague prohibitionniste de l'alcool et anti-opium va permettre aux
Américains de jouer un rôle prépondérant dans le contrôle international
des stupéfiants.
Deux objectifs fondamentaux semblent avoir été poursuivis par les
Américains lors de la conférence de Shanghai : améliorer les relations
sino-américaines afin de pouvoir commercer avec la Chine, et renforcer la
position des États-Unis vis-à-vis les grandes puissances européennes.
Mais, pour justifier
une intervention au niveau international, les États-Unis devaient invoquer
une action législative interne. Puisque le domaine pénal est
constitutionnellement réservé aux États, le gouvernement fédéral décida
alors de restreindre l'importation d'opium, produit principalement
consommé par la minorité chinoise qui incarnait dans l'opinion publique
l'image d'immigrants venus d'un pays en décadence morale, politique et
économique. La loi Root (1909) fut adoptée sans difficulté.
La conférence de
Shanghai, à laquelle participèrent 13 pays, recommanda l'adoption de
mesurer énergiques pour supprimer l'usage de l'opium, et pour en contrôler
la fabrication, la vente et la distribution. Puis, ce fut la conférence de
La Haye (1912) qui obligeait les pays signataires à coopérer à la lutte
contre les drogues. Ainsi, fut posé le premier jalon pour une
collaboration internationale multilatérale.
Puisque le
gouvernement fédéral américain venait de se voir autoriser à créer une
taxe fédérale sur les revenus, ce fut par ce biais qu'on établirait le
contrôle des stupéfiants. Ainsi, la loi Harrison sur les stupéfiants
(1914) établissait une taxe spéciale sur le commerce et la distribution
d'opium, de morphine, d'héroïne et de cocaïne ainsi qu'un registre pour
les prescriptions médicales et pharmaceutiques. Parallèlement à ces lois,
naissent des organismes de contrôle, dont le Bureau fédéral de
Narcotiques. Celui-ci, dès sa création, entreprend une campagne nationale
contre la marijuana.
Cette «campagne se caractérise par l'assimilation systématique de l'usage
de ce produit à la violence et à la minorité mexicaine résidant aux
États-Unis, (comme on l'avait fait auparavant avec les Chinois et les
Noirs du Sud pour l'opium et comme on le fera dans les années 50 contre
les Portoricains consommateurs d'héroïne) ainsi que par l'importance
accordée à cet usage parmi les jeunes et à ses effets sur la sexualité».
(1)
L'objectif de cette
campagne est de «polariser le public sur les dangers de la marijuana, dont
l'usage était assimilé à la violation des valeurs caractéristiques de
l'éthique protestante : importance de l'auto-contrôle, la condamnation des
actions visant uniquement à atteindre des états d'extase, etc...» .
(2) Ce qui amena la réglementation de cette substance en 1937.
C'est ainsi que le
consensus anti-drogues s'est intensifié aux États-Unis durant la première
moitié du siècle. L'intervention de la profession médicale, qui voulait
conditionner la vente des narcotiques à la présentation d'une ordonnance
médicale, et la référence à la dangerosité de certains groupes sociaux
(Chinois ou Noirs) sont déterminantes. Plus tard, s'ajoutera l'argument du
caractère criminogène, véhiculé surtout par la police. Ils auront pour
conséquence de faire adopter des lois internationales, puis internes, et
de créer des organismes de contrôle en cette matière.
Notons, en
terminant, qu'une des principales caractéristiques de ces lois semble être
l'importance presque exclusive accordée au contrôle de l'offre de ces
produits, celui de la demande n'étant pas encore envisagée. N'est-ce pas
une façon de dire que le problème de consommation vient d'ailleurs,
apporté par l'étranger ?
Source : José M. Rico, Les législations sur les drogues : Origine et
Évolution;
Psychotropes, vol lll, No 1, p.76-78.
(1) : id. p.78
(2) id p.78 Rédaction : Jean-Yves Cloutier, intervenant en toxicomanie
CENTRE L'ÉTAPE
(1998) |
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