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PRINCIPES DU DROIT PÉNAL
ET STUPÉFIANTS

Dans nos sociétés,
la loi est l'instrument privilégié pour lutter contre l'utilisation des
stupéfiants. Ce recours devrait susciter certaines interrogations quant
aux principes le sous-tendant.
«Doit-on, par des
sanctions juridiques, empêcher l'individu de se livrer à des actes qui,
selon une opinion fortement répandue, ne mettent en cause que lui-même ?».
Telle est la question de base.
En principe, la loi
ne devrait intervenir que pour le tort fait à autrui. Certaines personnes
estiment cependant que l'État a non seulement le droit mais aussi le
devoir de protéger ces individus contre des torts qu'ils sont susceptibles
de s'infliger. D'autant plus, prétendent-elles, que le toxicomane lèse
souvent autrui, en particulier sa famille, notamment dans ses rapports
conjugaux ou entre parents et enfants, ou encore en matière d'absentéisme
et d'inefficacité au travail. À ceci, s'ajoutent les frais de traitement
et de soutien au toxicomane, les blessures physiques et les dégâts
matériels susceptibles de se produire. L'abus de stupéfiants peut aussi
causer un affaiblissement moral et psychologique de la société, ceci
naissant du recours aux stupéfiants pour s'évader, s'isoler ou oublier ses
problèmes.
Par contre, d'autres
individus, sans nier les torts causés par l'abus de stupéfiants,
considèrent que les sanctions sont injustifiées tant que l'usager ne cause
pas des blessures à autrui ou des dégâts à la propriété. Ils font observer
que personne n'est parfait, que tout individu frustre les espoirs mis en
lui par des actes librement effectués qui traduisent ses faiblesses
personnelles. Même si le toxicomane n'est pas, à cause de sa faiblesse de
caractère, à la hauteur des attentes des autres, la société ne devrait
pas, disent-ils, punir ces gens. Doit-on punir quelqu'un qui néglige sa
santé ? Si oui, que fait-on de ceux dont l'état maladif résulte d'un excès
de travail ou de mauvaises habitudes alimentaires ? La distinction la plus
couramment utilisée semble se fonder sur des considérations morales, ces
dernières habitudes menaçant moins les valeurs établies de notre société.
Mais, la crainte des
stupéfiants n'est pas que morale. Il y a les risques d'altération physique
et psychique. C'est un produit dont la toxicité peut être désastreuse,
entraînant parfois la mort.
Certains produits
toxiques, comme les solvants volatils, sont utiles à des fins domestiques
ou industrielles. Et l'État n'en interdit pas la production ou la vente
malgré qu'ils puissent servir à des fins d'intoxication. Par contre,
l'État ne s'offusque pas d'interdire un produit, non utile en autant que
les avantages soient d'ordre médical ou scientifique. Ce que n'acceptent
pas les partisans d'une non-intervention légale car certains produits, non
utilisés à des fins thérapeutiques ou scientifiques, ont des effets
bénéfiques. Ainsi, disent-ils, certaines substances "illégales" réduisent
la tension, favorisent l'introspection, stimulent l'expression, facilitent
les rapports sociaux, ce qui vient compenser les dangers.
L'État n'est
actuellement pas de cet avis. Si la loi permet l'usage du tabac et de
l'alcool, ce n'est pas parce qu'ils sont bénéfiques, mais parce qu'il est
impossible de l'interdire. De plus, comment juger que tel produit est
bénéfique ? Quand un produit, possiblement bénéfique, devient-il nuisible,
exposant son utilisateur à la dépendance ? Ces interrogations sont telles
que la société penche plutôt vers l'interdiction.
Comme vous pouvez le
constater, et c'est le but visé par notre réflexion, il n'est pas facile
de trancher en faveur ou contre l'utilisation de la loi lorsqu'il s'agit
de consommation de stupéfiants. Souvent notre penchant résulte de nos
expériences vécues. Cette difficulté milite, à tout le moins, en faveur du
non-jugement, base essentielle à la compréhension du phénomène vécu par
l'autre.
Texte tiré de : Claude Létourneau,
Aspects historiques et sociaux de l'usage des psychotropes, p.45-50
Rédaction :
Jean-Yves Cloutier, intervenant en toxicomanie
CENTRE L'ÉTAPE
(1998) |
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