Recourir au droit
pénal dans la lutte contre l'usage des stupéfiants comporte une importante
difficulté : une multitude de gens accomplirait ces actes s'ils étaient
légaux. De plus, ces crimes ne sont moralement pas condamnés comme le
meurtre, le viol, etc. Enfin, il est rarissime que ces infractions donnent
lieu à des plaintes de tiers. Même les membres de la famille, qui
souffrent le plus de la situation sont peu enclins à porter plainte. Par
conséquent, il y a peu de collaboration avec les forces policières.
Comme ces délits
sont habituellement commis clandestinement, la police doit recourir à des
moyens exceptionnels en matière de perquisitions, de saisies,
d'arrestation, d'utilisation d'informateurs, etc. Malgré tout cet arsenal,
les résultats sont plutôt décevants puisque, dans le meilleur des cas, de
5 à 10% du commerce illicite des stupéfiants est empêché. Dans le domaine
judiciaire, moins de 1% des usagers sont condamnés chaque année ; le
risque de se faire arrêter, principal facteur de dissuasion, peut tout de
même agir en raison des conséquences de l'inculpation : action en justice,
condamnation possible, la peine, le casier judiciaire ou la difficulté de
se trouver un emploi. Pour certaines personnes, la loi a une autorité
morale qu'il faut respecter, simplement parce que c'est la loi.
Ces conséquences ont
néanmoins peu d'effet de dissuasion sur le toxicomane car celui-ci est
généralement hostile à la loi, y voyant une atteinte à sa liberté
personnelle ; il est aussi disposé à prendre des risques et surtout, il a
un désir prononcé de prendre des stupéfiants, cette impulsion étant
presqu'irrésistible.
Interdire la
consommation produit certes des effets. Mais ceux-ci justifient-ils les
efforts déployés ? Nous pouvons à tout le moins en douter.
Le plus important
inconvénient de l'interdiction est l'encouragement du commerce illicite.
Et les énormes profits en résultant. De plus, le fait de condamner
certains actes empêche ceux qui les accomplissent de demander une aide
médicale, un traitement. L'interdiction des stupéfiants est susceptible de
restreindre l'information en la matière. Pourquoi devrait-on informer les
gens sur les avantages et les inconvénients d'un stupéfiant si la loi ne
permet pas la liberté de choix ? Par ailleurs, si la loi prête à un
produit des propriétés ne correspondant pas à la réalité, elle suscitera
beaucoup d'incrédulités quant aux renseignements donnés sur d'autres
produits ; par exemple, les opiacés et le cannabis n'ont pas les mêmes
effets.
Il y a tant de
personnes mêlées au trafic de la drogue que sa lutte mobilise beaucoup
d'énergies de la part des enquêteurs, des juges, ce qui a des conséquences
néfastes sur leurs autres activités. Et lorsqu'il y a accusation,
comparution et condamnation, le casier judiciaire qui s'ensuit peut amener
l'individu à agir comme un criminel. Le jugement qu'il porte sur lui peut
l'orienter vers la déviance puisque, selon lui, la société l'a ainsi jugé.
À cause de son casier judiciaire, il peut avoir de la difficulté, et à se
trouver un emploi, et à avoir des relations sociales saines, ce qui est
absolument nécessaire pour qu'il puisse se rehausser à ses propres yeux.
Enfin, une condamnation à la prison risque d'avoir des conséquences
graves, celle-ci devenant une école de perfectionnement de la criminalité.
D'autant plus que de récentes recherches démontrent que les stupéfiants
sont très répandus dans les établissements pénitentiaires.