CENTRE COMMUNAUTAIRE D'INTERVENTION EN DÉPENDANCE
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SUR LE WEB DEPUIS 1997

 

MULTINATIONALES DU MÉDICAMENT

Lorsque l'on traite de problèmes de consommation de psychotropes, nous avons peu tendance à penser "médicaments". Or ceux-ci sont largement utilisés par certains groupes d'individus et ils causent une dépendance tout aussi importante que les psychotropes dits "illégaux". Cette consommation est largement tributaire de l'encadrement exercé par quelques grandes compagnies multinationales sur l'ensemble du système. Voyons un peu comment elles s'y prennent.

L'industrie pharmaceutique est extrêmement concentrée : quelques dizaines de sociétés se partagent la recherche, la production et la distribution des médicaments dans le monde. Par exemple, aux Indes, 60 filiales de multinationales vendent plus de 70 % des produits pharmaceutiques. Cette domination engendre des effets, notamment sur les prix. Ainsi, ceux-ci peuvent être différents d'une région à l'autre - les prix extrêmes du Librium® aux États-Unis montraient une différence de 243 % - ou d'un pays à l'autre - 1000% de différence entre une boîte de valium® vendue, en 1975, 0.63 $ en Grande Bretagne et 6.89$ aux États-Unis.

En contrôlant tout le processus de fabrication, de l'achat du produit de base et des produits intermédiaires jusqu'au produit final, ces compagnies peuvent faire apparaître des bénéfices modestes dans les pays au taux d'imposition élevé et augmenter d'autant leurs bénéfices dans les filiales faiblement imposées. Par exemple, le valium® a déjà été facturé 1500% de son prix de base en Argentine.

Pour la vente des produits, une méthode est particulièrement utilisée : ainsi, en vendant le même produit sous cinquante noms différents, tout en faisant croire que chaque nom correspond à un médicament différent, ces compagnies accroissent leur monopole. Aux États-Unis, à partir de 700 médicaments de base, on a développé 35 000 marques différentes, 15 000 en Indes et 2 000 en Norvège. Des recherches ont par ailleurs montré qu'aux États-Unis la publicité constitue de trois à quatre fois le coût consacré à la recherche et au développement. La part de la publicité est considérable puisqu'elle représente de 16 à 26% du prix de vente du médicament. La publicité prend diverses formes : voyages offerts aux médecins, organisations, colloques et congrès, distribution d'échantillons, visites fréquentes des représentants des sociétés, etc. Dans les pays en voie de développement, la plus grande partie de l'information sur les effets des médicaments vient des compagnies, ce qui laisse un doute sur leur objectivité.

Une autre mesure qui favorise ces monopoles a trait au brevet. Ainsi, entre la découverte d'un produit et sa commercialisation, il peut s'écouler de cinq à dix ans. Afin d'assurer un flux régulier de nouveaux médicaments et demeurer rentable, l'industrie a recours aux brevets, ce qui leur assure qu'aucun autre produit identique ne pourra être mis sur le marché avant une certaine période, variant entre dix et vingt ans.

Les conséquences du monopole des produits pharmaceutiques sont multiples, particulièrement dans les pays du Tiers-Monde : les bénéfices des sociétés ne sont pas redistribués dans les pays où ils sont obtenus : les prix excessifs des médicaments ne peuvent être justifiés dans ces pays par des efforts d'innovation et de recherche puisqu'une grande majorité des produits vendus ne correspond pas aux maladies locales. Aussi, sur les deux milliards consacrés annuellement à la recherche, seulement trente millions de dollars (1.5%) sont dépensés pour l'étude des maladies tropicales. Les grandes firmes éliminent aussi la concurrence locale en gardant le monopole des produits de base et enfin, l'information scientifique est manipulée par des collaborateurs apparemment indépendants des compagnies.

L'ensemble de ces mesures favorise le monopole de ces multinationales et assure une présence assidue auprès du consommateur. Avec les conséquences qui s'ensuivent.

Source : La pharmacie multinationale : la loi des plus forts, tiré de Témoignages et dossiers, Paris, Juin 1983, no 3, p. 2-9

Rédaction : Jean-Yves Cloutier, intervenant en toxicomanie CENTRE L'ÉTAPE (1998)

 
 
 

   Mise à jour : 07 juillet, 2010