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MULTINATIONALES DU MÉDICAMENT

Lorsque l'on traite
de problèmes de consommation de psychotropes, nous avons peu tendance à
penser "médicaments". Or ceux-ci sont largement utilisés par certains
groupes d'individus et ils causent une dépendance tout aussi importante
que les psychotropes dits "illégaux". Cette consommation est largement
tributaire de l'encadrement exercé par quelques grandes compagnies
multinationales sur l'ensemble du système. Voyons un peu comment elles s'y
prennent.
L'industrie
pharmaceutique est extrêmement concentrée : quelques dizaines de sociétés
se partagent la recherche, la production et la distribution des
médicaments dans le monde. Par exemple, aux Indes, 60 filiales de
multinationales vendent plus de 70 % des produits pharmaceutiques. Cette
domination engendre des effets, notamment sur les prix. Ainsi, ceux-ci
peuvent être différents d'une région à l'autre - les prix extrêmes du
Librium® aux États-Unis montraient une différence de 243 % - ou d'un pays
à l'autre - 1000% de différence entre une boîte de valium® vendue, en
1975, 0.63 $ en Grande Bretagne et 6.89$ aux États-Unis.
En contrôlant tout
le processus de fabrication, de l'achat du produit de base et des produits
intermédiaires jusqu'au produit final, ces compagnies peuvent faire
apparaître des bénéfices modestes dans les pays au taux d'imposition élevé
et augmenter d'autant leurs bénéfices dans les filiales faiblement
imposées. Par exemple, le valium® a déjà été facturé 1500% de son prix de
base en Argentine.
Pour la vente des
produits, une méthode est particulièrement utilisée : ainsi, en vendant le
même produit sous cinquante noms différents, tout en faisant croire que
chaque nom correspond à un médicament différent, ces compagnies
accroissent leur monopole. Aux États-Unis, à partir de 700 médicaments de
base, on a développé 35 000 marques différentes, 15 000 en Indes et 2 000
en Norvège. Des recherches ont par ailleurs montré qu'aux États-Unis la
publicité constitue de trois à quatre fois le coût consacré à la recherche
et au développement. La part de la publicité est considérable puisqu'elle
représente de 16 à 26% du prix de vente du médicament. La publicité prend
diverses formes : voyages offerts aux médecins, organisations, colloques
et congrès, distribution d'échantillons, visites fréquentes des
représentants des sociétés, etc. Dans les pays en voie de développement,
la plus grande partie de l'information sur les effets des médicaments
vient des compagnies, ce qui laisse un doute sur leur objectivité.
Une autre mesure qui
favorise ces monopoles a trait au brevet. Ainsi, entre la découverte d'un
produit et sa commercialisation, il peut s'écouler de cinq à dix ans. Afin
d'assurer un flux régulier de nouveaux médicaments et demeurer rentable,
l'industrie a recours aux brevets, ce qui leur assure qu'aucun autre
produit identique ne pourra être mis sur le marché avant une certaine
période, variant entre dix et vingt ans.
Les conséquences du
monopole des produits pharmaceutiques sont multiples, particulièrement
dans les pays du Tiers-Monde : les bénéfices des sociétés ne sont pas
redistribués dans les pays où ils sont obtenus : les prix excessifs des
médicaments ne peuvent être justifiés dans ces pays par des efforts
d'innovation et de recherche puisqu'une grande majorité des produits
vendus ne correspond pas aux maladies locales. Aussi, sur les deux
milliards consacrés annuellement à la recherche, seulement trente millions
de dollars (1.5%) sont dépensés pour l'étude des maladies tropicales. Les
grandes firmes éliminent aussi la concurrence locale en gardant le
monopole des produits de base et enfin, l'information scientifique est
manipulée par des collaborateurs apparemment indépendants des compagnies.
L'ensemble de ces
mesures favorise le monopole de ces multinationales et assure une présence
assidue auprès du consommateur. Avec les conséquences qui s'ensuivent.
Source : La pharmacie multinationale : la loi des plus forts, tiré de
Témoignages et dossiers, Paris, Juin 1983, no 3, p. 2-9
Rédaction : Jean-Yves
Cloutier, intervenant en toxicomanie
CENTRE L'ÉTAPE (1998) |
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