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DROGUES ET SOCIÉTÉ

L'usage de
substances psychédéliques i.e. élargissant le champ de conscience
sans pour autant créer d'accoutumance, est un important phénomène social.
Or, la répression quant à l'usage de ces drogues, particulièrement depuis
une trentaine d'années, a sérieusement entravé l'étude scientifique de ces
substances, sans affecter notablement son expérimentation «sauvage» ni en
diminuer le coût social.
De plus, malgré
les fabuleux récits de personnes qui, du haut d'un immeuble, sautent dans
le vide après avoir consommé du L.S.D., ou encore de jeunes rendus
aveugles pour avoir regardé le soleil en face alors qu'ils avaient
consommé, il devient de plus en plus certain que les effets de ces
substances sont fonction d'un très grand nombre de variables
extra-pharmacologiques.
Comme tout ce que
l'homme manipule, ces substances contiennent le mal ou le bien.
Les plantes
psychédéliques font partie intégrante du bagage culturelle de l'humanité
depuis des millénaires, prenant encore aujourd'hui une place importante
dans l'idéologie et la pratique religieuse de certaines cultures
traditionnelles. Des chercheurs ont retracé l'usage du «champignon sacré»
en Sibérie 7000 ans avant notre ère. On le retraça ensuite dans le nord de
l'Inde vers l'an 2000 avant notre ère. Les Indiens d'Amérique fumaient,
voilà trois millénaires, le tabac mais seulement dans un contexte rituel.
Ainsi, la consommation de ces substances permet à l'initié d'être un
membre à part entière du groupe ; elle lui fait vivre les valeurs du
groupe. Alors qu'actuellement en Occident cette pratique est associée à un
mouvement de contre-culture.
Et c'est là le
noeud du problème : chez nous, qui prend ces substances et pourquoi ?
Cette expérience peut porter fruit si elle prend racine dans un esprit mûr
et bien formé - ou encore dans celui du jeune indien qui porte en lui la
culture ancestrale - mais généralement, elle fut portée par de jeunes gens
qui n'y apportèrent rien d'autre que le vide de leurs existences. En fait,
le message est clair : on tire de l'expérience psychédélique que ce que
l'on y met. Ces substances sont de puissants amplificateurs des phénomènes
psychiques et ce n'est pas en prenant une pilule et en ayant de belles
visions - ce qui n'est pas toujours le cas - qu'un vide culturel sera
miraculeusement rempli de sagesse éternelle, qu'elle soit d'Orient ou
d'Occident.
Il faut le dire.
Nous connaissons bien mal ce vaste champ de l'expérience humaine. Depuis
des millénaires, des groupes humains vivant harmonieusement au sein de
leur écosystème, ont pratiqué l'expérience psychédélique. Ils l'ont
institutionnalisé par des rites au lieu de la réprimer par des lois.
Conséquemment, il
est urgent d'étudier l'interdépendance de l'expérience psychédélique et
les phénomènes culturels, particulièrement au niveau religieux dont elle
paraît être la lointaine origine.
Source : Peter T.Furst, La chair des dieux, p.7-18
Rédaction : Jean-Yves Cloutier,
intervenant en toxicomanie
CENTRE L'ÉTAPE (1998)
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