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LA
PERSONNE ÂGÉE,
UN ÊTRE VULNÉRABLE ?

Le cycle de vie d'un être humain
comprend six stades : la naissance, la croissance physique, le
développement des habiletés, la maturation des habiletés et de la
compétence, la sénescence i.e. la perte des capacités et la mort.
À cause des expériences vécues, les valeurs, les attitudes et les
comportements se modifient tout au long du processus de vie et aboutissent
à l'accentuation des différences entre les personnes. En d'autres termes,
plus on vieillit, plus on est différent des autres.
La perception de mon processus de
vieillissement et de celui des autres est, d'une part, dynamique i.e. je
me vois de l'intérieur, je peux comprendre ce que je vis, et d'autre part
statique en ce sens que je vois l'extérieur des autres. Un exercice qui
montre bien cet aspect dynamique consiste à se percevoir à 10, 20,30... 90
ou 100 ans, alors qu'on ne peut constater chez les autres que l'aspect
chronologique de leur âge. En me percevant à 70 ans, je me vois changer,
je peux essayer de me projeter dans le temps, ma perception est alors
dynamique.
Comme nous le verrons
ultérieurement, la perception qu'a la personne âgée de son processus de
vieillissement va jouer un rôle important pour comprendre ses problèmes de
toxicomanie. La personne vit le désengagement : elle devient spectateur
plutôt qu'acteur ; la société cesse de solliciter sa contribution. Les
relations qu'elle maintient sont davantage expressives. Elle conserve les
activités qui sont directement gratifiantes pour elle. Ce phénomène de
désengagement varie néanmoins d'une société à l'autre, débute à des âges
plus ou moins avancés et se manifeste de différentes façons et selon une
intensité variable d'une société à l'autre.
La personne âgée a aussi un profil
de continuité : ainsi, un être humain ne change pas vraiment en
vieillissant ; nous ne pouvons comprendre son comportement qu'à partir de
sa personnalité et de ses expériences passées. Son environnement familial
et social est aussi un facteur de continuité. Sa personnalité est plus
apparente à la vieillesse, quoiqu'elle continue à évoluer durant toute sa
vie.
Enfin, la personne âgée a un profil
d'activité. La joie de vivre est directement reliée au concept de soi et
l'image de soi dépend en bonne partie de l'image que les autres se font de
nous. Le besoin d'être reconnu et apprécié dépend de notre relation avec
les autres ; nous le comblons en adoptant des rôles (le rôle de parent,
d'ami, le rôle professionnel, etc. ) ; et ces rôles nous permettent de
forger notre identité. Or toute personne est portée à maintenir son rôle
et la perte de celui-ci - qui est inévitable avec le vieillissement -
entraîne nécessairement un état de frustration et de dépression. Pour
s'adapter plus facilement à la perte de son rôle, la personne âgée se doit
de maintenir des activités sociales.
Les personnes âgées,
en regard de la toxicomanie, sont particulièrement vulnérables: la
diminution progressive de leurs énergies vitales et de leurs capacités
fonctionnelles accroît le risque d'intoxication. Elles vivent aussi des
pertes de plus en plus fréquentes, surtout sous la forme de deuil. Elles
subissent de nombreux stress (santé, monétaire, etc.). De plus, leur
réseau informel de solidarité est moins grand. Elles sont marginalisées;
leur santé est fortement médicalisée. Enfin, elles ont une conception très
moralisatrice de l'alcoolisme.
Comme nous l'avons
précédemment vu, l'alcoolisme est une dépendance. Une dépendance est une
relation contraignante, plus ou moins acceptée, avec un être, un objet, un
groupe, une institution, que ceux-ci soient réels ou irréels pourvu qu'ils
nous permettent de satisfaire un besoin. Toute dépendance est trinitaire
i.e. entre l'individu, l'objet de la dépendance et la relation entre les
deux. Tout le monde vit des dépendances, d'abord par nécessité - l'enfant
est dépendant des parents pour son boire, son coucher, etc. - puis par
besoin. Or toute dépendance a un prix qu'il nous faut pondérer et
aménager pour qu'elle ne nous envahisse pas trop. En ce sens, la vie,
surtout durant la vieillesse où le besoin de dépendance augmente, est une
succession de dépendances et de ruptures de dépendances. Et c'est par des
rituels de rupture que nous pouvons nous désengager de nos dépendances.
Qu'arrive-t-il
lorsque nous sommes trop dépendants ? Nous vivons alors un sentiment
d'impuissance, notre fierté s'effrite, il y a perte du sens de la vie et
de notre identité. Nous rendons les autres responsables de ce qui nous
arrive : nous avons tendance à ne rien risquer ; nous nous centrons
davantage sur l'objet de dépendance et nous utilisons des messages
contradictoires pour rechercher de l'aide. Enfin, la suppression de
l'objet de dépendance peut provoquer des réactions de sevrage pouvant même
aller jusqu'à la mort. Le niveau de dépendance d'une personne dépend de
l'équilibre entre les ressources individuelles et extérieures. Plus
celle-ci dispose d'une provision importante de ressources, plus son niveau
d'autonomie est élevé. Parfois, les besoins de dépendance d'une personne
âgée peuvent nous sembler réels sans qu'ils ne le soient véritablement.
C'est ainsi que naît ce que nous appelons le maternage qui est "l'apport
disproportionné de ressources extérieures par rapport aux besoins de
dépendance" (1). Ceci met en péril les capacités et
l'autonomie de l'individu. Alors se pose l'identification des besoins de
dépendance i.e. du quand et du comment intervenir.
Le niveau
d'ambivalence (dépendance/autonomie) de la personne âgée est très présent.
C'est pourquoi l'intervenant doit doser le niveau de soins, d'amour et de
respect de la liberté. Il doit l'aider à se prendre en main, en
s'attardant sur la capacité de fonctionner de la personne âgée tout en
mettant à contribution la famille et les ressources de la communauté.
L'important c'est d'établir un contact significatif avec elle sur la base
d'intérêts communs (jeux, discussions, etc.) ; il sera subséquemment plus
facile de faire une démarche avec la personne âgée. De plus, comme les
stéréotypes liés à la toxicomanie sont très forts, il sera préférable
d'axer notre intervention d'abord sur leurs habitudes de vie, sur leurs
besoins puis ultérieurement sur leurs problèmes de toxicomanie.
Source : Guy Vermette, Intervention
auprès des personnes âgées, p.15 à 19.
Rédaction
: Jean-Yves Cloutier, intervenant en toxicomanie
CENTRE L'ÉTAPE (1999) |
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