CENTRE COMMUNAUTAIRE D'INTERVENTION EN DÉPENDANCE
Promotion de la santé - Prévention de la toxicomanie

 
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En ligne depuis 1997
 

DESCRIPTION   

Le syndrome d'alcoolisme fœtal (SAF) englobe une série d'anomalies associées à la consommation d'alcool pendant la grossesse. Pour établir, chez un enfant, un diagnostic de SAF, il faut retrouver les trois critères suivants :

  • Retard de croissance prénatal et/ou postnatal;

  • Atteinte du système nerveux central, par exemple, anomalies neurologiques, malformations cérébrales, retards de développement, autres déficits intellectuels,  troubles de comportement et d'apprentissage;

  • Traits faciaux caractéristiques : paupière raccourcie, lèvre supérieure amincie, aplatissement de la région maxillaire et sillon mal dessiné entre la lèvre supérieure et le nez (ne pas confondre ces traits avec ceux retrouvés chez divers groupes raciaux).

EFFETS DE L’ALCOOL SUR LE FŒTUS

L'alcool, en agissant sur la formation et la croissance de l’organisme et du cerveau du fœtus, peut provoquer des malformations congénitales. L’alcool est dommageable pour le fœtus à n'importe quel stade de la grossesse et non seulement au cours du premier trimestre. Pourquoi ? Parce que l'alcool qui est consommé par la femme enceinte traverse rapidement la barrière placentaire et se retrouve dans le sang du fœtus dans une proportion équivalente à celle observée chez la mère. Or, le cerveau et le système nerveux central du fœtus sont très sensibles à l'alcool.

Plus la consommation durant la grossesse est importante et continue, plus les risques de SAF sont élevés. Ainsi, des études sur le comportement neurologique révèlent que la consommation de quatre à huit verres par jour est associée au SAF alors que celle de deux à trois verres par jour est liée aux EAF (voir ci-dessous). Les chercheurs s’entendent  pour dire que la consommation de plus de sept verres d’alcool par semaine a des effets sur le comportement neurologique du fœtus; certains effets apparaissent cependant à des doses beaucoup plus petites. Voilà pourquoi les chercheurs sont incertains quant au niveau minimal de consommation d’alcool qui puisse avoir une incidence significative sur le fœtus.

On associe aussi le phénomène SAF à la consommation intermittente ou à des épisodes d'intoxication. Des enfants, nés de mères qui ont consommé un verre ou deux par jour ou, à l'occasion, cinq verres ou plus à la fois, courent plus de risques d’avoir des troubles d'apprentissage et d'autres troubles cognitifs et comportementaux.

Malgré tout, il n'existe aucune information définitive sur la quantité d'alcool pouvant être consommée sans risque par la femme enceinte au cours de la grossesse. Par conséquent, par mesure de prudence, les femmes qui sont enceintes ou qui pourraient le devenir devraient choisir de s'abstenir de boire.

 

LA DÉSIGNATION EAF

En introduisant la désignation EAF(effets de l’alcoolisme fœtal ou effets possibles de l’alcool sur le fœtus), les chercheurs ont voulu introduire une nuance à l’effet que, dans certaines circonstances, le lien entre l'alcool et l'anomalie constatée n'est pas établie avec certitude, l'alcool étant alors considéré comme l'une des causes possibles des malformations congénitales chez l'enfant.

On dit de l’enfant qu’il souffre des EAF lorsque la malformation congénitale est jugée moins grave que le SAF. Cette expression sert à décrire les enfants - exposés à l'alcool avant la naissance - qui présentent deux des trois caractéristiques officiellement reconnues pour le SAF i.e. un retard ou un ralentissement de la croissance, des malformations congénitales simples ou des troubles d'apprentissage et de comportement. Notons que, dans certains cas, ces caractéristiques ne seront apparentes que plusieurs mois ou années plus tard. Dans les deux cas (SAF/EAF), les dommages sont permanents.

 

CONSÉQUENCES DU SAF/EAF

Parmi les incapacités primaires du nourrisson atteint du SAF/EAF, mentionnons  l’irritabilité, un comportement agité, des tremblements, un faible réflexe de succion, des problèmes de sommeil et d’alimentation, un retard dans la croissance, un mauvais contrôle moteur et un risque de tolérance à l'alcool.

Durant la période préscolaire, l’enfant atteint du SAF/EAF a souvent des problèmes d’hyperactivité, d’attention, de perception, de langage et une mauvaise coordination motrice.

Quand il atteint l'âge scolaire, les incapacités primaires de l'enfant atteint du SAF/EAF sont : l’hyperactivité, déficience de l’attention, difficultés d’apprentissage, notamment en calcul et en langage, un déficit intellectuel et un mauvais contrôle des impulsions. Le SAF est considéré comme la principale cause d’arriération mentale en Amérique du Nord. Ces enfants ont un quotient intellectuel qui varie entre 65 et 70. Les scores inférieurs à 70 indiquent l’arriération mentale.

À l’adolescence et à l’âge adulte, les incapacités primaires sont : troubles de la mémoire, problèmes de jugement et de raisonnement abstrait et un mauvais comportement adaptatif. 

Parmi les incapacités secondaires les plus fréquemment observées chez les adolescents et les adultes atteints du SAF/EAF, on note que ces personnes sont souvent les victimes d'autrui; ils ont de la difficulté à se faire un budget, à focaliser leur intérêt, à tirer leçon de leur expérience, à comprendre les conséquences de leur geste; ils ont aussi une faible tolérance à la frustration, un comportement sexuel inapproprié, des problèmes de toxicomanie, des troubles mentaux et des démêlés avec la justice. 

 

FACTEURS DE RISQUE ET DE PROTECTION

Outre la consommation d'alcool de la mère, plusieurs facteurs de risque accroissent les incapacités secondaires des gens atteints du SAF. Ainsi en est-il du fait de souffrir des EAF plutôt que d’être atteints du SAF, d’obtenir des scores élevés sur l'ECAF (échelle de comportement lié à l’alcool fœtal) plutôt que des scores faibles, d'avoir un quotient intellectuel supérieur à 70. En effet, être atteint du syndrome le plus évident (SAF) et avoir un quotient intellectuel inférieur augmente la probabilité de dépistage et d’intervention précoce, ce qui contribue ainsi à réduire les incapacités secondaires.

C'est souvent le milieu de vie qui va déterminer si un enfant atteint du SAF/EAF développera des incapacités secondaires. Ainsi, la perte d'un parent en bas âge, un bouleversement familial, être victime de violence, d'abus sexuel ou de négligence, vivre dans une famille dysfonctionnelle accroissent les risques d'incapacités secondaires. Alors que vivre dans un milieu familial stable et sans violence, combler les retards de développement par des soins appropriés, avoir été diagnostiqué avant l'âge de six ans sont des facteurs de protection pour diminuer les dites incapacités. 

 

INCIDENCE ET PRÉVALENCE SAF/EAF

Exposer le fœtus aux effets de l'alcool peut entraîner le SAF/EAF, ce qui constitue la cause évitable la plus connue de malformations congénitales chez les enfants. Au Canada, un enfant est atteint du syndrome à chaque jour, dans les pays industrialisés, le taux varie de 1 à 3 sur 1 000 naissances et à l'échelle mondiale, le taux est de 1,9 cas sur 1 000. Il semble que ces taux soient supérieurs dans certaines communautés autochtones.  

Le risque de récidive chez les femmes ayant eu un enfant atteint du SAF est très élevé, avec une incidence de 771 sur 1000. Ainsi, en Saskatchewan (1996) suite à l'étude des cas depuis le 1er janvier 1993, 86% des 207 cas de SAF étaient issus des communautés autochtones. Il est même probable que ces statistiques soient sous-évaluées, des chercheurs estimant que les EAF avaient une incidence trois à quatre fois supérieure à celle du SAF.

D'autres auteurs font aussi un lien entre le SAF/EAF et les troubles de comportement, la délinquance ou le trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité. En effet, plusieurs des indicateurs prévisionnels chez les individus atteints de SAF/EAF et ceux qui deviennent délinquants sont les mêmes: impulsivité, déficience intellectuelle, rendement scolaire insatisfaisant, comportement antisocial,  trouble déficitaire de l'attention, hyperactivité et mauvaise éducation.

On évalue à 1,4 million de dollars par personne  le coût que représentent les soins de santé, de services sociaux et d'éducation pour les personnes atteintes du SAF. À cela s'ajoute des coûts indéterminés pour les collectivités, les familles et la société canadienne.

Une enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes (ELNEJ) a montré que 17,5% des femmes ont bu de l'alcool pendant leur grossesse, 2,5% de ces femmes l'ayant fait de manière excessive i.e. plus de cinq consommations à la même occasion.

 

PRÉVENTION

Faire de la prévention est la première mesure à adopter pour lutter contre les effets de l'alcool durant la grossesse.

Pour éviter l'apparition d'un éventuel problème de SAF, il faut informer la population, et en priorité les jeunes, des dangers de consommer de l'alcool pendant la grossesse. Il est également important de mettre en place des programmes de dépistage, d'intervention précoce ou des services pour les femmes enceintes ou en âge de procréer afin de favoriser le dépistage des sujets  à risque de mettre au monde un enfant atteint du SAF. Mettre en place un service de diagnostic et des programmes conçus pour  atténuer les effets cognitifs, comportementaux et sociaux des enfants atteints du SAF, pour ceux qui en prennent soin ou pour les parents dont l'un des enfants est atteint du syndrome et qui prévoient avoir d'autres enfants, évitera enfin la récurrence du problème.

La grande majorité des femmes enceintes est réceptive au message de non-consommation d'alcool durant la grossesse. Voilà pourquoi le professionnel de la santé devrait y voir une excellente occasion de promouvoir un changement de comportement. D'autant plus que détecter précocement la consommation d'alcool chez la femme enceinte et lui donner des conseils judicieux sont les pierres angulaires du traitement. C'est un rôle clé dans la réduction des risques liés au SAF/EAF. Parmi les méthodes de dépistage actuellement en usage, mentionnons les tests CAGE  et  AUDIT. Celles-ci prévoient l'emploi d'un questionnaire conçu pour dépister les buveurs et buveuses à risque.

Pour en savoir plus ...
Prévention du syndrome d'alcoolisme fœtal au Canada,  Société canadienne de Pédiatrie, 1996
-  Révision février 2000
 

 
 
 
 
 

Rédaction : Jean-Yves Cloutier, intervenant en toxicomanie.   CENTRE L'ÉTAPE (2001)

   Mise à jour : 10 août, 2011