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DESCRIPTION
Le syndrome
d'alcoolisme fœtal (SAF) englobe une série d'anomalies
associées à la consommation d'alcool pendant la grossesse. Pour établir,
chez un enfant, un diagnostic de SAF, il faut retrouver les trois critères
suivants :
-
Retard de
croissance prénatal et/ou postnatal;
-
Atteinte du
système nerveux central, par exemple, anomalies neurologiques,
malformations cérébrales, retards de développement, autres déficits
intellectuels, troubles de comportement et d'apprentissage;
-
Traits faciaux
caractéristiques : paupière raccourcie, lèvre supérieure amincie,
aplatissement de la région maxillaire et sillon mal dessiné entre la
lèvre supérieure et le nez (ne pas confondre ces traits avec ceux
retrouvés chez divers groupes raciaux).
EFFETS
DE L’ALCOOL SUR LE FŒTUS
L'alcool, en
agissant sur la formation et la croissance de l’organisme et du cerveau du
fœtus, peut provoquer des malformations congénitales. L’alcool est
dommageable pour le fœtus à n'importe quel stade de la grossesse et
non seulement au cours du premier trimestre. Pourquoi ? Parce que l'alcool
qui est consommé par la femme enceinte traverse rapidement la barrière
placentaire et se retrouve dans le sang du fœtus dans une proportion
équivalente à celle observée chez la mère. Or, le cerveau et le système
nerveux central du fœtus sont très sensibles à l'alcool.
Plus la
consommation durant la grossesse est importante et continue, plus les
risques de SAF sont élevés. Ainsi, des études sur le comportement
neurologique révèlent que la consommation de quatre à huit verres par jour
est associée au SAF alors que celle de deux à trois verres par jour est
liée aux EAF (voir ci-dessous). Les chercheurs s’entendent
pour dire que la consommation de
plus de sept verres d’alcool par semaine a des effets sur le comportement
neurologique du fœtus; certains effets apparaissent cependant à des doses
beaucoup plus petites. Voilà pourquoi les chercheurs sont incertains quant
au niveau minimal de consommation d’alcool qui puisse avoir une incidence
significative sur le fœtus.
On associe aussi
le phénomène SAF à la consommation intermittente ou à des épisodes
d'intoxication. Des enfants, nés de mères qui ont consommé un verre ou
deux par jour ou, à l'occasion, cinq verres ou plus à la fois, courent
plus de risques d’avoir des troubles d'apprentissage et d'autres troubles
cognitifs et comportementaux.
Malgré tout, il
n'existe aucune information définitive sur la quantité d'alcool pouvant
être consommée sans risque par la femme enceinte au cours de la grossesse.
Par conséquent, par mesure de prudence, les femmes qui sont
enceintes ou qui pourraient le devenir devraient choisir de s'abstenir de
boire.
En introduisant la
désignation EAF(effets de l’alcoolisme fœtal ou effets possibles de
l’alcool sur le fœtus), les chercheurs ont voulu introduire une nuance à
l’effet que, dans certaines circonstances, le lien entre l'alcool et
l'anomalie constatée n'est pas établie avec certitude, l'alcool étant
alors considéré comme l'une des causes possibles des malformations
congénitales chez l'enfant.
On dit de l’enfant
qu’il souffre des EAF lorsque la malformation congénitale est jugée moins
grave que le SAF. Cette expression sert à décrire les enfants - exposés à
l'alcool avant la naissance - qui présentent deux des trois
caractéristiques officiellement reconnues pour le SAF i.e. un retard ou un
ralentissement de la croissance, des malformations congénitales simples ou
des troubles d'apprentissage et de comportement. Notons que, dans certains
cas, ces caractéristiques ne seront apparentes que plusieurs mois ou
années plus tard. Dans les deux cas (SAF/EAF), les dommages sont
permanents.
Parmi les
incapacités primaires du nourrisson atteint du SAF/EAF,
mentionnons l’irritabilité, un
comportement agité, des tremblements, un faible réflexe de succion, des
problèmes de sommeil et d’alimentation, un retard dans la croissance, un
mauvais contrôle moteur et un risque de tolérance à l'alcool.
Durant la période
préscolaire, l’enfant atteint du SAF/EAF a souvent des problèmes
d’hyperactivité, d’attention, de perception, de langage et une mauvaise
coordination motrice.
Quand il atteint l'âge scolaire,
les incapacités primaires de l'enfant atteint du SAF/EAF sont :
l’hyperactivité, déficience de l’attention, difficultés d’apprentissage,
notamment en calcul et en langage, un déficit intellectuel et un mauvais
contrôle des impulsions. Le SAF est considéré comme la principale cause
d’arriération mentale en Amérique du Nord. Ces enfants ont un quotient
intellectuel qui varie entre 65 et 70. Les scores inférieurs à 70
indiquent l’arriération mentale.
À l’adolescence et à l’âge adulte,
les incapacités primaires sont : troubles de la mémoire, problèmes de
jugement et de raisonnement abstrait et un mauvais comportement
adaptatif.
Parmi les incapacités secondaires
les plus fréquemment observées chez les adolescents et les adultes
atteints du SAF/EAF, on note que ces personnes sont souvent les victimes
d'autrui; ils ont de la difficulté à se faire un budget, à focaliser leur
intérêt, à tirer leçon de leur expérience, à comprendre les conséquences
de leur geste; ils ont aussi une faible tolérance à la frustration, un
comportement sexuel inapproprié, des problèmes de toxicomanie, des
troubles mentaux et des démêlés avec la justice.
Outre la consommation d'alcool de la
mère, plusieurs facteurs de risque accroissent les incapacités secondaires
des gens atteints du SAF. Ainsi en est-il du fait de souffrir des EAF
plutôt que d’être atteints du SAF, d’obtenir des scores élevés sur l'ECAF
(échelle de comportement lié à l’alcool fœtal) plutôt que des scores
faibles, d'avoir un quotient intellectuel supérieur à 70. En effet, être
atteint du syndrome le plus évident (SAF) et avoir un quotient
intellectuel inférieur augmente la probabilité de dépistage et
d’intervention précoce, ce qui contribue ainsi à réduire les incapacités
secondaires.
C'est souvent le milieu de vie qui
va déterminer si un enfant atteint du SAF/EAF développera des incapacités
secondaires. Ainsi, la perte d'un parent en bas âge, un bouleversement
familial, être victime de violence, d'abus sexuel ou de négligence, vivre
dans une famille dysfonctionnelle accroissent les risques d'incapacités
secondaires. Alors que vivre dans un milieu familial stable et sans
violence, combler les retards de développement par des soins appropriés,
avoir été diagnostiqué avant l'âge de six ans sont des facteurs de
protection pour diminuer les dites incapacités.
Exposer le fœtus aux effets de
l'alcool peut entraîner le SAF/EAF, ce qui constitue la cause évitable la
plus connue de malformations congénitales chez les enfants. Au Canada, un
enfant est atteint du syndrome à chaque jour, dans les pays
industrialisés, le taux varie de 1 à 3 sur 1 000 naissances et à l'échelle
mondiale, le taux est de 1,9 cas sur 1 000. Il semble que ces taux soient
supérieurs dans certaines communautés autochtones.
Le risque de récidive chez les
femmes ayant eu un enfant atteint du SAF est très élevé, avec une
incidence de 771 sur 1000. Ainsi, en Saskatchewan (1996) suite à l'étude
des cas depuis le 1er janvier 1993, 86% des 207 cas de SAF étaient issus
des communautés autochtones. Il est même probable que ces statistiques
soient sous-évaluées, des chercheurs estimant que les EAF avaient une
incidence trois à quatre fois supérieure à celle du SAF.
D'autres auteurs font aussi un lien
entre le SAF/EAF et les troubles de comportement, la délinquance ou le
trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité. En effet,
plusieurs des indicateurs prévisionnels chez les individus atteints de SAF/EAF
et ceux qui deviennent délinquants sont les mêmes: impulsivité, déficience
intellectuelle, rendement scolaire insatisfaisant, comportement
antisocial, trouble déficitaire de l'attention, hyperactivité et
mauvaise éducation.
On évalue à 1,4 million de dollars
par personne le coût que représentent les soins de santé, de
services sociaux et d'éducation pour les personnes atteintes du SAF. À
cela s'ajoute des coûts indéterminés pour les collectivités, les familles
et la société canadienne.
Une enquête longitudinale nationale
sur les enfants et les jeunes (ELNEJ) a montré que 17,5% des femmes ont bu
de l'alcool pendant leur grossesse, 2,5% de ces femmes l'ayant fait de
manière excessive i.e. plus de cinq consommations à la même occasion.
Faire de la prévention est la
première mesure à adopter pour lutter contre les effets de l'alcool durant
la grossesse.
Pour éviter l'apparition d'un
éventuel problème de SAF, il faut informer la population, et en priorité
les jeunes, des dangers de consommer de l'alcool pendant la grossesse. Il
est également important de mettre en place des programmes de dépistage,
d'intervention précoce ou des services pour les femmes enceintes ou en âge
de procréer afin de favoriser le dépistage des sujets à risque de
mettre au monde un enfant atteint du SAF. Mettre en place un service de
diagnostic et des programmes conçus pour atténuer les effets
cognitifs, comportementaux et sociaux des enfants atteints du SAF, pour
ceux qui en prennent soin ou pour les parents dont l'un des enfants est
atteint du syndrome et qui prévoient avoir d'autres enfants, évitera enfin
la récurrence du problème.
La grande majorité des femmes
enceintes est réceptive au message de non-consommation d'alcool durant la
grossesse. Voilà pourquoi le professionnel de la santé devrait y voir une
excellente occasion de promouvoir un changement de comportement. D'autant
plus que détecter précocement la consommation d'alcool chez la femme
enceinte et lui donner des conseils judicieux sont les pierres angulaires
du traitement. C'est un rôle clé dans la réduction des risques liés au SAF/EAF.
Parmi les méthodes de dépistage actuellement en usage, mentionnons les
tests
CAGE et
AUDIT. Celles-ci prévoient l'emploi d'un questionnaire
conçu pour dépister les buveurs et buveuses à risque.
Pour en savoir plus ...
- Prévention du syndrome d'alcoolisme fœtal au Canada, Société
canadienne de Pédiatrie, 1996
- Révision février 2000 |
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