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L'utilisation du Ritalin a augmenté
de façon fulgurante au Québec. En dix ans, de 1990 à 2000, le nombre
de prescriptions vendues est passé de 33000 à 248000. Alarmant? Oui,
parce qu'on ne connaît pas vraiment les effets secondaires à long
terme de ce médicament et qu'il est donné à tort et à travers dans les
écoles afin de calmer les enfants les plus turbulents. De la
discipline chimique, quoi.
Mais il faut mettre quelques bémols à ces statistiques. Même si elles
reflètent une hausse vertigineuse de la consommation de Ritalin, une
drogue qui calme les enfants hyperactifs, les raisons de sa popularité
restent obscures. Est-ce dû à un problème de surconsommation, à une
utilisation prolongée du Ritalin jusqu'à l'âge adulte ou à un
dépistage plus précoce du trouble de déficit de l'attention chez les
jeunes? Ou les trois à la fois? Pour l'instant, il n'y a pas de
réponse à ces questions mais chose certaine, les chiffres sont
troublants.
Environ 200000 enfants prennent du Ritalin au Canada. Surtout des
garçons. Le phénomène est essentiellement nord-américain. En France,
par exemple, le Ritalin a été formellement introduit en 1995 seulement
et il ne peut être prescrit que par des pédiatres qui exercent en
milieu hospitalier. Au Canada, le Ritalin est utilisé depuis une
quarantaine d'années.
Aux
États-Unis, environ 10% des enfants d'âge scolaire prenaient du
Ritalin en 1996 et dans certaines classes, jusqu'à 25% des élèves
étaient abonnés à cette drogue controversée. Mais il faut prendre ces
statistiques avec des pincettes car elles proviennent de l'Association
des parents contre le Ritalin.
Le
Ritalin n'a pas que des détracteurs. Pour plusieurs parents, il
représente une planche de salut inespérée. Les enfants qui souffrent
d'hyperactivité éprouvent d'énormes difficultés à l'école. Incapables
de se concentrer très longtemps, ils bougent continuellement, tolèrent
mal la frustration, accumulent les échecs scolaires, vivent de
nombreux conflits avec leurs amis et exaspèrent souvent leur
enseignant qui ne tarde pas à les prendre en grippe.
Le
Ritalin les calme et les aide à se concentrer.
Mais il y a des détracteurs et leurs arguments frappent. Le Ritalin ne
guérit rien, il ne fait qu'atténuer les symptômes. De plus, son action
ne dure que trois ou quatre heures et ses effets secondaires sont
importants: insomnie et perte d'appétit.
. . .
L'école connaît mal le Ritalin et l'hyperactivité. En Ontario, 108
enseignants ont été interrogés en janvier dans le cadre d'un sondage.
L'étendue de leur ignorance est troublante. Par exemple, 32% des
professeurs interrogés croyaient à tort que le sucre et les additifs
alimentaires peuvent causer l'hyperactivité.
À
Montréal, des enseignants, probablement tout aussi ignorants que leurs
confrères ontariens, exigent que les élèves les plus agités prennent
du Ritalin sinon ils les excluent de la classe. Certaines écoles vont
jusqu'à distribuer des dépliants qui vantent les bienfaits du
médicament aux parents souvent dépassés par le problème
d'hyperactivité de leur enfant. Il y a quelque chose d'odieux dans ces
pressions indues.
Le
Ritalin est souvent utilisé à tort et à travers et au bout de la
ligne, ce sont les enfants qui paient pour cette ignorance. De plus,
l'hyperactivité est un concept fourre-tout qui camoufle d'autres
problèmes. Aux États-Unis, affirment certaines études, le Ritalin a
été utilisé sans raison valable dans un cas sur cinq.
Plus troublant encore, le problème de la surconsommation touche
surtout les milieux pauvres. En fait, le gouvernement du Québec ignore
combien d'enfants prennent du Ritalin. Mais la Régie de
l'assurance-maladie du Québec détient des chiffres sur la consommation
de médicaments des bénéficiaires de l'aide sociale. En 1997, environ
12% des enfants pauvres avaient pris du Ritalin. Dans l'ensemble de la
population, 3 à 5% des jeunes souffrent d'hyperactivité. Un écart
inquiétant qui soulève des questions.
Pourquoi les enfants de l'aide sociale sont-ils trois fois plus
nombreux à être branchés sur le Ritalin? Les recherches tendent
pourtant à démontrer que les causes de l'hyperactivité seraient
neurobiologiques et génétiques. Pas sociales. Une explication
possible: les parents des milieux défavorisés n'ont pas les moyens de
se payer des psychologues et ils sont plus vulnérables aux pressions
de l'école qui se rabat sur une solution facile pour régler ses
problèmes de discipline: mettre les élèves sur les pilules.
Devant la hausse de la consommation de Ritalin et son utilisation
douteuse par les écoles, le gouvernement du Québec a décidé de mettre
sur pied un groupe de travail qui a pondu l'année dernière un rapport
proposant un plan d'action qui dégage un fort relent bureaucratique.
«Concertation» de tous les milieux, étude plus poussée pour mieux
cerner l'ampleur du phénomène, etc. Bref, pas de quoi fouetter un
chat. Et surtout, pas de quoi régler le problème.
Aux
États-Unis, certains États ont interdit aux écoles de demander qu'un
enfant prenne du Ritalin pour rester en classe. Le Québec devrait
faire preuve de la même fermeté. C'est aux médecins et aux parents de
prendre une telle décision et non aux écoles débordées qui ne
cherchent qu'une solution à court terme pour régler des problèmes de
discipline.
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