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Les enfants du Ritalin

 

Texte de Michèle Ouimet 

Le 11 avril 2001

 

L'utilisation du Ritalin a augmenté de façon fulgurante au Québec. En dix ans, de 1990 à 2000, le nombre de prescriptions vendues est passé de 33000 à 248000. Alarmant? Oui, parce qu'on ne connaît pas vraiment les effets secondaires à long terme de ce médicament et qu'il est donné à tort et à travers dans les écoles afin de calmer les enfants les plus turbulents. De la discipline chimique, quoi.

Mais il faut mettre quelques bémols à ces statistiques. Même si elles reflètent une hausse vertigineuse de la consommation de Ritalin, une drogue qui calme les enfants hyperactifs, les raisons de sa popularité restent obscures. Est-ce dû à un problème de surconsommation, à une utilisation prolongée du Ritalin jusqu'à l'âge adulte ou à un dépistage plus précoce du trouble de déficit de l'attention chez les jeunes? Ou les trois à la fois? Pour l'instant, il n'y a pas de réponse à ces questions mais chose certaine, les chiffres sont troublants.

Environ 200000 enfants prennent du Ritalin au Canada. Surtout des garçons. Le phénomène est essentiellement nord-américain. En France, par exemple, le Ritalin a été formellement introduit en 1995 seulement et il ne peut être prescrit que par des pédiatres qui exercent en milieu hospitalier. Au Canada, le Ritalin est utilisé depuis une quarantaine d'années.

Aux États-Unis, environ 10% des enfants d'âge scolaire prenaient du Ritalin en 1996 et dans certaines classes, jusqu'à 25% des élèves étaient abonnés à cette drogue controversée. Mais il faut prendre ces statistiques avec des pincettes car elles proviennent de l'Association des parents contre le Ritalin.

Le Ritalin n'a pas que des détracteurs. Pour plusieurs parents, il représente une planche de salut inespérée. Les enfants qui souffrent d'hyperactivité éprouvent d'énormes difficultés à l'école. Incapables de se concentrer très longtemps, ils bougent continuellement, tolèrent mal la frustration, accumulent les échecs scolaires, vivent de nombreux conflits avec leurs amis et exaspèrent souvent leur enseignant qui ne tarde pas à les prendre en grippe.

Le Ritalin les calme et les aide à se concentrer.

Mais il y a des détracteurs et leurs arguments frappent. Le Ritalin ne guérit rien, il ne fait qu'atténuer les symptômes. De plus, son action ne dure que trois ou quatre heures et ses effets secondaires sont importants: insomnie et perte d'appétit.

. . .

L'école connaît mal le Ritalin et l'hyperactivité. En Ontario, 108 enseignants ont été interrogés en janvier dans le cadre d'un sondage. L'étendue de leur ignorance est troublante. Par exemple, 32% des professeurs interrogés croyaient à tort que le sucre et les additifs alimentaires peuvent causer l'hyperactivité.

À Montréal, des enseignants, probablement tout aussi ignorants que leurs confrères ontariens, exigent que les élèves les plus agités prennent du Ritalin sinon ils les excluent de la classe. Certaines écoles vont jusqu'à distribuer des dépliants qui vantent les bienfaits du médicament aux parents souvent dépassés par le problème d'hyperactivité de leur enfant. Il y a quelque chose d'odieux dans ces pressions indues.

Le Ritalin est souvent utilisé à tort et à travers et au bout de la ligne, ce sont les enfants qui paient pour cette ignorance. De plus, l'hyperactivité est un concept fourre-tout qui camoufle d'autres problèmes. Aux États-Unis, affirment certaines études, le Ritalin a été utilisé sans raison valable dans un cas sur cinq.

Plus troublant encore, le problème de la surconsommation touche surtout les milieux pauvres. En fait, le gouvernement du Québec ignore combien d'enfants prennent du Ritalin. Mais la Régie de l'assurance-maladie du Québec détient des chiffres sur la consommation de médicaments des bénéficiaires de l'aide sociale. En 1997, environ 12% des enfants pauvres avaient pris du Ritalin. Dans l'ensemble de la population, 3 à 5% des jeunes souffrent d'hyperactivité. Un écart inquiétant qui soulève des questions.

Pourquoi les enfants de l'aide sociale sont-ils trois fois plus nombreux à être branchés sur le Ritalin? Les recherches tendent pourtant à démontrer que les causes de l'hyperactivité seraient neurobiologiques et génétiques. Pas sociales. Une explication possible: les parents des milieux défavorisés n'ont pas les moyens de se payer des psychologues et ils sont plus vulnérables aux pressions de l'école qui se rabat sur une solution facile pour régler ses problèmes de discipline: mettre les élèves sur les pilules.

Devant la hausse de la consommation de Ritalin et son utilisation douteuse par les écoles, le gouvernement du Québec a décidé de mettre sur pied un groupe de travail qui a pondu l'année dernière un rapport proposant un plan d'action qui dégage un fort relent bureaucratique. «Concertation» de tous les milieux, étude plus poussée pour mieux cerner l'ampleur du phénomène, etc. Bref, pas de quoi fouetter un chat. Et surtout, pas de quoi régler le problème.

Aux États-Unis, certains États ont interdit aux écoles de demander qu'un enfant prenne du Ritalin pour rester en classe. Le Québec devrait faire preuve de la même fermeté. C'est aux médecins et aux parents de prendre une telle décision et non aux écoles débordées qui ne cherchent qu'une solution à court terme pour régler des problèmes de discipline.

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   Mise à jour : 12 février, 2010